dimanche 19 février 2017

L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane Kirby


En 2016, ce sont plus de 4 200 personnes qui ont péri en méditerranée en tentant de rejoindre l'Europe, terre des Lumières et des Droits de l'Homme.  Quand l'Union Européenne se dote d'outils pour lutter contre le racisme, la xénophobie, les discriminations, pour défendre les groupes vulnérables et les valeurs humanistes, elle ferme les yeux sur ces drames qui se produisent à proximité de ses plages, comptant sans doute que ces disparitions à grande échelle décourageront les postulants à la traversée. Emma-Jane Kirby nous dresse dans ce récit le portrait d'un homme ordinaire confronté brutalement à ce drame quotidien. C'est une histoire vraie, qui fit l'objet d'un reportage, avant d'être romancée ici. Bouleversant. Révoltant.

L'opticien de Lampedusa - Emma-Jane Kirby.
Editions des Equateurs, septembre 2016, 167 pages.



Présentation de l'éditeur :


« Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s’ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n’ai qu’une question en tête : comment les sauver tous ? »


La cinquantaine, l’opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l’unique magasin d’optique de l’île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque. 


Il nous ressemble. Il est consciencieux, s’inquiète pour l’avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n’est pas un héros. Et son histoire n’est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d’hommes, de femmes, d’enfants se débattant dans l’eau, les visages happés par les vagues, parce qu’ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.


L’opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l’éveil d’une conscience. Au plus près de la réalité, d’une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l’humanité.


Ma lecture :
"L'opticien n'est pas naïf. L'Europe ne peut décemment accueillir chaque personne à la recherche d'une vie meilleure. Pourtant, il doit bien exister des alternatives à cette situation dramatique. En naviguant sur internet, il a découvert que la plupart des Erythréens qui débarquent dans un pays de l'Union européenne reçoivent automatiquement le droit d'asile du fait de l'extrême pauvreté, de la guerre et de la dictature militaire qui règnent chez eux. Pourquoi alors infliger à ces personnes en détresse une épreuve aussi périlleuse ? N'est-ce pas une sélection morbide ? Si tu survis à la traversée, bingo ! tu gagnes une place en Europe !" (L'opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby, Edition des Equateurs, sept 2016, page 134)
Le récit d'Emma-Jane Kirby, journaliste à la BBC, est terrifiant. Habituellement, je lis dans le bus, sur le trajet maison-boulot-maison. Mais pas cette fois-ci. Cette histoire était trop forte, trop bouleversante. Trop réelle aussi. Le récit du sauvetage, particulièrement, où le groupe d'amis de Lampedusa doit se résoudre à abandonner en pleine mer des personnes qu'ils auraient peut-être encore pu sauver, si leur bateau le leur avait permis. 47 : c'est tout ce qu'ils pourront recueillir sur le bateau. 47 personnes secourues. 47 mains agrippées, ongles enfoncés dans la chair pour ne pas lâcher prise. 47 personnes seulement, pendant toute la durée du sauvetage. Pendant ce temps infini que les secours prévenus 2 heures plus tôt, mettront pour arriver.

Cette lecture est éprouvante, révoltante. Comment peut-on en rester là où nous en sommes aujourd'hui ? Comment certains peuvent encore tenter de nous faire croire que ces pauvres malheureux en veulent à notre argent, à notre sécurité sociale ? Comment peut-on rejeter ces gens qui ont conscience de prendre le risque de mourir noyés pour échapper à la misère, à la guerre et à une mort plus que probable ? Comment ne pas accueillir les bras ouverts ces gens qui prennent tant de risques pour sauver leurs enfants ? Peut-on penser que ces gens prennent le risque de se noyer en pleine mer uniquement pour venir poser une bombe sous la Tour Eiffel ? Comment l'Europe peut-elle attendre que tous ces gens périssent, les bras croisés, et continuer à visiter ces chefs d'Etat qui les poussent à fuir au péril de leur vie ?

Ce récit est puissant mais nous laisse vidés, révoltés, impuissants. L'image des camps de réfugiés nous renvoie vers une histoire plus lointaine : nous avions dit alors que nous ne savions pas... Nous ne pourrons utiliser de nouveau ce prétexte. Nous savons et nous fermons les yeux. Chacun individuellement, et tous collectivement.

Mais cet opticien de Lampedusa, île italienne proche des côtes tunisiennes et libyennes, terre de naufrage de nombre migrants, ne peut plus fermer les yeux. Au sens propre comme au figuré, car après cette expérience dramatique, il ne fermera plus l'œil.



Un récit essentiel aujourd'hui, ce livre est tiré d'un reportage réalisé par Emma-Jane Kirby, journaliste de la BBC, sur le sauvetage de 47 migrants en Méditerranée, et récompensée l’an dernier du Prix Bayeux-Calvados 2015 des correspondants de guerre. Un drame contemporain que l'on aurait tort de négliger.

Lisez les avis de Miss Alfie, LiliGalipette, Eimelle.



10ème lecture

3 commentaires:

  1. Merci pour cette présentation, je ne connaissais pas ce livre.

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  2. Je ne connaissais pas du tout. On ne peut malheureusement pas tout lire, mais ton livre m'intéresse.
    Lien ajouté. Merci et bonne semaine.

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